<script src='http://s1.wordpress.com/wp-content/plugins/snow/snowstorm.js?ver=3' type='text/javascript'></script> Un autre aspect...: Rameaux et Souccoth

lundi 14 mars 2016

Rameaux et Souccoth






Luc 19, 28-44
28 Après avoir ainsi parlé, il partit en avant et monta vers Jérusalem.
29 Lorsqu'il approcha de Bethphagé et de Béthanie, près du mont dit des Oliviers, il envoya deux de ses disciples,
30 en disant : Allez au village qui est en face ; quand vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme ne s'est jamais assis ; détachez-le et amenez-le.
31 Si quelqu'un vous demande : « Pourquoi le détachez-vous ? », vous lui direz : « Le Seigneur en a besoin. »
32 Ceux qui avaient été envoyés s'en allèrent et trouvèrent les choses comme il leur avait dit.
33 Comme ils détachaient l'ânon, ses maîtres leur dirent : Pourquoi détachez-vous l'ânon ?
34 Ils répondirent : Le Seigneur en a besoin.
35 Et ils l'amenèrent à Jésus ; puis ils jetèrent leurs vêtements sur l'ânon et firent monter Jésus.
36 A mesure qu'il avançait, les gens étendaient leurs vêtements sur le chemin.
37 Il approchait déjà de la descente du mont des Oliviers lorsque toute la multitude des disciples, tout joyeux, se mirent à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu'ils avaient vus.
38 Ils disaient : Béni soit celui qui vient, le roi, au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel
et gloire dans les lieux très hauts !
39 Quelques pharisiens, du milieu de la foule, lui dirent : Maître, rabroue tes disciples !
40 Il répondit : Je vous le dis, si eux se taisent, ce sont les pierres qui crieront !
41 Quand, approchant, il vit la ville, il pleura sur elle
42 en disant : Si toi aussi tu avais su, en ce jour, comment trouver la paix ! Mais maintenant cela t'est caché.
43 Car des jours viendront sur toi où tes ennemis t'entoureront de palissades, t'encercleront et te presseront de toutes parts ;
44 ils t'écraseront, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n'as pas reconnu le temps de l'intervention divine.

*

« Parce que tu n'as pas reconnu le temps de l'intervention divine », dit Jésus se lamentant sur Jérusalem (v. 44), « tu vas être détruite »… Qu’est-ce à dire ? Tout simplement que la Judée n’a pas, loin s’en faut, la puissance militaire des Romains. La destruction de 70 : une issue inéluctable.

Perspective tragique pour laquelle Jésus pleure (v. 41). Déjà le prophète Zacharie, ch. 4, v. 6, parlait ainsi de l’intervention divine : « ce n’est ni par la puissance ni par la force, mais c’est par mon Esprit, dit le Seigneur des armées ».

Telle est la leçon qui transpire de l’issue inéluctable induite de la faiblesse militaire, leçon qui perce depuis la prophétie de Zacharie ; la leçon que Jérusalem ignore tragiquement, et que veut rappeler Jésus par le geste prophétique de son entrée dans la ville au dos d’un ânon — d’où la mise en scène, qui a retenu les disciples, autour de l’ânon, qui n’est pas un cheval, pas un animal militaire. « Ni par la puissance ni par la force, mais c’est par mon Esprit, dit le Seigneur des armées ».

Dans le cadre de l’année liturgique juive, on lit Zacharie (ch. 14, v. 1-21) annonçant le jour où toute l’humanité reconnaît le Dieu vivant, — tandis que, toujours selon Zacharie, le Messie annoncé arrive sur un ânon (ch. 9, v. 9). La lecture de Zacharie 14 annonçant le jour où toute l’humanité reconnaît le Dieu vivant, a lieu le premier jour de la fête de Souccoth, ou des ‘cabanes’ (i.e. 'tabernacles'), célébrée au début de l’automne, suite à Roch Hachana, le Nouvel an. Une fête durant laquelle on vit une semaine sous des branchages, des Souccoth, des ‘cabanes’ comme au temps de l’Exode, au temps du désert, qu’elle commémore ; tandis qu’elle annonce face au souvenir de l’Exode, une nouvelle Pâque, une délivrance définitive.

Le dernier jour de la fête, tous les fidèles font cortège autour de la Torah, en chantant « Hoshanna » — « Seigneur, sauve maintenant » (Ps 118, 25), rameaux en mains, selon la prescription du livre du Lévitique (ch. 23, v. 40) : « Vous prendrez des branches de palmier, des rameaux de l'arbre touffu et des saules de rivière ; et vous vous réjouirez, en présence du Seigneur votre Dieu, durant sept jours », demeurant dans des cabanes de branchages, sept jours devenus dans les Évangiles figure des sept jours de la semaine sainte.

Car, on le voit bien, notre fête de Rameaux évoque irrésistiblement cette fête juive de Souccoth. Et ce n’est pas par hasard. Souccoth commémorant les lendemains de la première Pâque, a une connotation pascale. S’annonce alors pour le peuple la délivrance qui s’accomplit dans la venue du Règne du Messie que, dans les Évangiles, on reconnaît en Jésus.

Voilà qui met en perspective le rapport de Rameaux et de la Semaine sainte ! Un rapport qui ne serait pas tant de l’ordre de la chronologie que de celui de la permanence de la promesse, qui relie tout le temps liturgique, du Nouvel an à la Pâque et à la Pentecôte (« par mon Esprit », dit le Seigneur) : une mise en perspective ouvrant sur l’entrée de ce temps dans l’éternité de Ressuscité... Où la croix devient l'axe du temps.

Une mise en perspective qui fait rejaillir tout à nouveau la promesse de la première Pâque : « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai libéré de l’esclavage » — quand tu entreras dans la liberté que je te donne, tu sauras enfin accueillir le don que je te fais.

Et voici que « Dieu fixe de nouveau un jour — aujourd’hui — en disant bien longtemps après, par la bouche de David (Ps 95, 7-8) : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, N’endurcissez pas vos cœurs. Il reste donc un repos de sabbat pour le peuple de Dieu. Car celui qui entre dans le repos de Dieu se repose aussi de ses œuvres, comme Dieu se repose des siennes. Empressons-nous donc d’entrer dans ce repos-là » (Hébreux 4, 7 & 9-11). Pour cela, Seigneur, « sauve maintenant ! Hoshanna ! »

Voilà qui donne un éclairage à la lamentation de Jésus sur Jérusalem qui suit immédiatement son entrée triomphale !

Cette lamentation sur une Jérusalem en passe d’être la proie de ses ennemis se rattache à la façon dont est soulignée la présence de l’ânon. Sa préparation mystérieuse en quelque sorte, sa présence dès lors inévitable ce jour-là, nous placent au cœur de la prophétie de Zacharie.

Le dernier chapitre du livre de Zacharie, le ch. 14, lu lors la fête de Souccoth, le premier jour de la fête, annonce, avant la pacification autour du Dieu vivant, un temps où tous les peuples se réuniront pour lutter contre Jérusalem et s'en empareront.

Mais ils seront finalement vaincus. « Et ceux qui se seront dressés contre Jérusalem y monteront chaque année pour se prosterner devant le Roi Seigneur des Armées, et célébrer la solennité de Souccoth », annonce la prophétie. Dans sa signification profonde, cette fête, symbole de la protection divine, préfigure les jours du Messie où l’humanité entière reconnaîtra le Dieu vivant ; le Messie annoncé par ce même Zacharie arrivant sur un ânon.

Après le temps de joie de la fête ; tandis que Jésus approche de Jérusalem, il pleure sur elle, dit le texte, donnant alors une tonalité particulière à la fête, et soulignant tout le sens prophétique qu’il lui donne.

Venu sur un ânon, il se présente en triomphateur humble et pacifique, au nom de Dieu — « béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » — Dieu en qui tout est toujours possible. Cette procession royale précède la violence de l’attaque future de Jérusalem, comme la procession royale du livre de Zacharie annonce le salut miraculeux de Jérusalem — salut qui intervient au cœur même de sa détresse.

Quelle est la chronologie des événements selon Zacharie ? Difficile à dire. Deux perspectives se superposent : l’attaque de Jérusalem et sa délivrance miraculeuse liée à la présence du roi humble, venant sur un ânon, au seul nom du Seigneur.

Ce n’est pas par la force que tu obtiens ta délivrance, c’est par mon Esprit, dit le Seigneur (dans la prophétie de Zacharie : « ni par la puissance ni par la force, mais c’est par mon esprit, dit le Seigneur des armées »).

En d’autres termes la procession de Jésus sur un ânon vient annoncer la délivrance de Jérusalem, qui peut intervenir à tout moment. Le Seigneur intervient au cœur même de la menace, au cœur même de l’encerclement de Jérusalem par tous ses ennemis.

Or voilà que le signe de cette intervention, le roi humble venant sur un ânon, vient d’être donné.

*

Où l’on retrouve le côté superposé qui est celui de l’apparente chronologie Souccoth-Pâques dans les Évangiles. Ce n’est pas un ordre chronologique des événements qui est proposé — mais tout comme dans Zacharie, c’est un croisement menace-délivrance qui se superposent. Avec une question : qu’allons nous choisir, la terreur devant l’ennemi qui menace ? Ou la confiance en ce que la délivrance, qui ne vient pas par la force — l’ennemi est de toute façon trop puissant —, est donnée par l’Esprit du Seigneur, Esprit d’humilité.

Voilà le signe qui est donné ce jour-là, et voilà la raison des pleurs de Jésus : la menace s’accomplira — quelques décennies après en l’occurrence : l’an 70.

Mais déjà au cœur de la menace, il a donné la parole de la délivrance : celle du prophète Zacharie : « réfugiez-vous en moi seul, c’est par mon Esprit », dit le Seigneur. Et signe de cela, ton roi vient à toi sur un ânon. À ce moment-là, au jour des Rameaux, dans cette prophétie de Souccoth, tout est donné, tout est en passe d’être accompli !

Car ce qui s’annonce aux Rameaux, c’est l’accomplissement de l’invocation de Souccoth : « Hoshanna », « sauve dès maintenant » ! C’est bien dès maintenant, toujours dès maintenant, que vient le salut. L’intervention du Dieu du salut a lieu dès aujourd’hui, avant même que les puissances ennemies n’aient mis en œuvre leur menace.

Alors se dessine la façon dont la délivrance, qui n’est pas le fait de la force s’opère dès maintenant, la façon dont elle va s’accomplir : non seulement celui qui vient sur un ânon ne va pas déployer on ne sait quels moyens militaires terrestres, ou autres armées célestes, mais il va briser la puissance de l’ennemi, de tout ennemi… en mourrant : la croix est en perspective. Il l’emporte alors jusque sur le dernier ennemi, la mort, qui ne peut le retenir, et le voit se relever au dimanche de Pâques.

C’est là ce qu’annonce la fête de Souccoth selon sa relecture dans l’Évangile des Rameaux : l’accomplissement de toutes les délivrances… « ni par la puissance ni par la force, mais par mon Esprit ».


RP,
Pastorale œcuménique, Lusignan, 10.03.16


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