<script src='http://s1.wordpress.com/wp-content/plugins/snow/snowstorm.js?ver=3' type='text/javascript'></script> Un autre aspect…: La Parole, une mémoire d'avenir

samedi 19 septembre 2015

La Parole, une mémoire d'avenir





« Une histoire d'avenir », annonce le programme de ces Journées européennes du patrimoine 2015 : mais y a-t-il un avenir ? Peut-être pas ! En tout cas pas « écrit » au sens où on pourrait en connaître quelque chose. L'avenir, s'il doit y en avoir un, est ce que, avec crainte ou espérance, l'on envisage au présent ! L'avenir n'existe pas, ou pas encore – s'il doit jamais exister ! L'avenir n'est qu'hypothétique, de même que le passé n'existe pas, ou n'existe qu'au présent, comme mémoire.

Mémoire comme enracinant un avenir possible. Mémoire où une parole d'avenir s'enracine au fond de nous-mêmes comme parole... prophétique – « prophétie » qui n'est jamais divination (rappelons-nous : rien n'est écrit de lisible) ; mais lieu d'enracinement de l'avenir jusqu'en l'inconscient. Comme « Les rêves [qui] peuvent quelquefois annoncer certaines situations bien avant qu'elles ne se produisent. Ce n'est pas nécessairement un miracle, ou une prophétie. Beaucoup de crises, dans notre vie, ont une longue histoire inconsciente. Nous nous acheminons vers elles pas à pas, sans nous rendre compte du danger qui s'accumule. Mais ce qui échappe à notre conscience est souvent perçu par notre inconscient, qui peut nous transmettre l'information au moyen du rêve. » (C.G. Jung, L'homme et ses symboles)

« Patrimoine du XXIe siècle », précise le thème de ces journées 2015. Un élément de patrimoine du XXIe siècle en ce début de ce siècle : la mémoire de ce qui va de 2001 à 2015, qui offre déjà quelque chose de ce siècle à sa lecture, sa relecture, selon cette étymologie de religion : relecture. En religion protestante, en relecture protestante (particulièrement, et à l'instar des religions juive et chrétienne en général), la « méthode » de lecture, de relecture, de remémoration donc, se situe en regard de la Bible – de la Parole biblique qui s'ouvre par la révélation de la création comme effet d'une Parole, la Parole créatrice, avec une injonction à notre mémoire : notre avenir se source comme parole qui nous fait être et comme mémoire de cette parole où il s'enracine comme avenir possible.

Pour illustrer cela, parlant de mémoire, on se souvient de la série télévisée « Mission Impossible » et de son invariable introduction : « Bonjour, Monsieur Phelps. Votre mission, si toutefois vous l'acceptez... ». Etc. Introduction qui, après la description de ladite mission, se terminait par ces mots : « Ce message s’autodétruira dans cinq secondes ».

*

Le silence (message autodétruit), écho silencieux au silence d'avant le message, d'avant la mission... Puis la parole, qui crée et confie la mission – l'avenir donc – via son acceptation, acceptation qui pour chacun de nous a eu lieu : nous avons accepté : la preuve, nous sommes ici !, en ce monde – car notre mission est portée en ce que nous sommes – qui marque le fait que nous l'avons acceptée.

Nous n'avons pas demandé à naître ?, croyons-nous communément. Erreur de perspective. Non seulement nous en fûmes d'accord, nous en sommes d'accord, mais nous fûmes même d’accord avec ce que nous sommes individuellement – jusqu'à nos appartenances civilisationnelles, religieuses, etc. Autant d’aspects de ce qui est notre mission – mission choisie – mission « toutefois acceptée », malgré la rouspétance selon que lorsqu'une âme est envoyée en ce monde, elle rechigne, comme le rapporte une tradition du judaïsme. Puis (gardant toutefois des traces rouspétancières de cette rechignance), elle oublie...

Car cela s'ancre avant même notre naissance. Avant le passage à l’être. Le désir d’être qui débouche sur la conception, la croissance du fétus puis la naissance, via les contractions de la mère. Françoise Dolto nous enseigne que l’enfant est le produit de trois volontés. Celle du père et de la mère, certes, mais aussi la sienne propre. Il ne viendrait pas à l’être sans son désir propre de devenir !

*

Par analogie, il est possible de dire que la Création est advenue parce qu’elle l’a bien voulu ; nous l’avons bien voulu ! Avant même d’être. Prière silencieuse, comme volonté d'advenir, de la création non encore advenue, prière qui a été émise et exaucée. La question face au mal est de savoir si l’on a bien fait ! Quoiqu’il en soit, c’est fait : le monde est là.

Prière comme volonté d'advenir / d'avenir, prière dans le silence à laquelle répond une parole...

Ainsi le Prologue de l’Évangile de Jean enseigne qu' « au commencement était la Parole », en écho au livre de la Genèse où la création procède dans la Parole créatrice : « Dieu dit » et la chose fut... Et la Parole est devenue chair poursuit l’Évangile de Jean – comme accomplissement d'une espérance (l'Évangile de Jean parle de la venue du Christ). Ce faisant on demeure, plus que jamais, au cœur de la parole performative, créant ce qu'elle dit, ouvrant donc un avenir potentiel, ouvrant sur son actualisation, sa réalisation.

Prière silencieuse, prière dans le silence, prière d'être à laquelle répond une parole qui fait être : Dieu dit « Que cela soit », et cela est.

Le cœur de cela est exprimé dans le mythe juif du Tsimtsoum - ou contraction - (du rabbin Isaac Luria) :
« C'est en concevant le vide en soi pour accueillir l'altérité du monde, c'est en se retirant de lui-même en lui-même que Dieu créa le monde. De ce vide de Dieu, surgit le monde. La création de l'espace vide rend possible l'altérité à partir de la séparation. » (Marc-Alain Ouaknin, Concerto pour quatre consonnes).
« Né à Jérusalem en 1534 et mort à Safed en 1572 à l'âge de 38 ans, Isaac Louria a enseigné à un moment clef de l'histoire d'Israël, quand elle s'est trouvée confrontée à l'expulsion des juifs d'Espagne (1492) et à l'émergence de la pensée moderne. […] La Cabale de Rabbi Isaac Louria […] distingue trois temps dans la création.
[Tsimtsoum / retrait – Chevirat / brisure – Tiqoun / réparation]
Tsimtsoum : Retrait. Dieu ne commence pas par se révéler à l'extérieur de lui-même, mais par se retirer de lui-même, en lui-même. Par cet acte, il laisse au vide une place en son sein. Il se retire […], il crée un espace pour le monde à venir. […] Pour se manifester, il aura fallu qu'au préalable il se retire, qu'il laisse place à un néant à partir duquel la création est possible. »
(Marc-Alain Ouaknin, Tsimtsoum, Introduction à la méditation hébraïque, Albin Michel, 1992, p. 31)

Extrait du livre "L'Arbre de Vie" du Cabaliste le ARI (Isaac Luria) - traduction Nelly Baron © :
« Sache qu'avant la création, seule existait la lumière supérieure
qui, simple et infinie,
emplissait l'univers dans son moindre espace.
Il n'y avait ni premier ni dernier, ni commencement, ni fin,
Tout était douce lumière harmonieusement et uniformément équilibrée
En une apparence et une affinité parfaites,
Quand par Sa volonté furent créés le monde et Ses créatures,
Dévoilant ainsi Sa perfection,
- source de la création du monde -,
Voici qu'Il se contracta en Son point central,
Il y eut alors restriction et retrait de la lumière,
Laissant autour du point central entouré de lumière
Un espace vide formé de cercles.
Après cette restriction, d’En-haut vers En-bas
Un rayon s'est étiré de la lumière infinie
Puis est descendu graduellement par évolution dans l'espace vide.
Épousant le rayon, la lumière infinie dans l'espace vide est alors descendue,
Et tous les mondes parfaits furent émanés.
Avant les mondes, il n'y avait que Lui,
Dans une Unité d'une telle perfection,
Que les créatures ne peuvent pas en saisir la beauté,
- car aucune intelligence ne peut Le concevoir,
Car en aucun lieu Il ne réside, Il est infini, Il a été, Il est et Il sera.
Et le rayon de lumière est descendu
Dans les mondes, dans la noire vacuité,
Chacun de ces mondes étant d'autant plus important
Qu'il est proche de la lumière,
Jusqu'à notre monde de matière, au centre situé,
A l'intérieur de tous les cercles, au centre de la vacuité scintillante,
Bien loin de Celui qui est Un, bien plus loin que tous les autres mondes,
Alourdi à l'extrême par sa matière,
Car à l'intérieur des cercles il est,
Au centre même de la vacuité scintillante... »


Silence / prière puis parole / promesse dans un amour souffrant. Car la réponse à la prière de la création demandant silencieusement d'advenir, la réponse qui lui ouvre l'avenir est souffrante comme toute réponse d'amour. Car c'est une réponse d'amour que cette réponse, chargée de « malgré », car l'avenir sera aussi chargé de souffrance – faisant dire à L’Ecclésiaste que le plus heureux est encore celui qui n'est pas né, qui n'a pas vu le mal qui se fait sous le soleil. Mais la réponse est offerte pourtant, souffrante comme tout don d'amour. Je crois que c'est ce que la première épître de Jean a lu de la crucifixion : signe d'un amour souffrant depuis l’origine du monde. C'est dans cette épître en effet que l'on trouve la fameuse formule, « Dieu est amour », qui fonde l'autre formule de la seule même épître : « Dieu est lumière ». Car ce mystère originel donne son sens, sa lumière, au monde. L'avenir porté dans cette parole comme réponse est un risque perçu ipso facto, celui de l’exaucement de cette prière silencieuse, exaucée quand même, par amour, amour souffrant ipso facto.

Parole créatrice : c'est ce qu’en donne le récit biblique : récit / promesse et ouverture, un récit qui donne depuis ce 14 septembre 2015 la date symbolique de 5776 années depuis cette ouverture, au récit de la création du monde vers un avenir pas écrit. Ouvert comme possibilité de parole / de réponse, qui, en réponse au silence, fonde l'avenir éventuel dans la mémoire enfouie de cette parole / promesse. Une Parole comme mémoire d'avenir...


Journées européennes du patrimoine 2015
"Le patrimoine du XXIᵉ siècle, une histoire d’avenir"
RP, Poitiers 19/09/15





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