<script src='http://s1.wordpress.com/wp-content/plugins/snow/snowstorm.js?ver=3' type='text/javascript'></script> Un autre aspect...: octobre 2012

mardi 30 octobre 2012

La justice a tranché : pas de peau pour la circoncision !




En juin dernier, des parents musulmans allemands ont été condamnés par un tribunal de Cologne pour avoir fait circoncire leur enfant. Ce verdict a suscité au minimum de la perplexité, parmi les musulmans et les juifs, entre autres, en Allemagne et au-delà. Le verdict est en effet rapidement devenu célèbre, jusqu’au-delà de l’Allemagne : elle n'est pas la seule concernée. D’autres pays ne seraient pas en reste pour aller dans le sens du tribunal de Cologne : même certains courants libéraux du judaïsme américain ne pratiquent plus la circoncision !

Un tel jugement participe d'un état d'esprit général. Radicalement individualistes, nos sociétés modernes ont une conception radicalement individualiste du corps. En circoncisant des enfants, leurs parents les mutileraient — contre leur gré, souligne t-on. Les auto-mutilations, type piercing, ne posent en effet pas autant de problèmes : ceux qui les pratiquent les revendiquent comme concernant leur propre corps. C’est peut-être le seul fait de la non-irréversibilité qui fait que la pose de boucles d’oreilles aux petites filles, non consentantes, ne pose pas de problème, à ma connaissance.


Les diverses formes du pouvoir

Au plan des formes du pouvoir, cela conduit à terme à la disparition des traditions non-radicalement démocratiques : peut-on imposer à un enfant ou à un jeune adulte, britannique ou scandinave par exemple, d’être roi et soumis à un tel protocole sous le seul prétexte qu’il est né à tel rang ? Un refus éventuel de se prêter au protocole imposé est radicalement individualiste. C’est sans doute jusqu’où les inventeurs de la démocratie moderne ne voulaient pas aller : il suffit de voir le nombre de monarchies constitutionnelles qui imposent aux enfants royaux de se soumettre à leur royale tâche. C’est la même logique qui impose la nécessité du mariage entre personnes du même sexe : radicalement individualiste, la démocratie moderne institutionnalise jusqu’au désir individuel. Quand s’ajoute à cela la dimension de la « mutilation », l’approche actuelle des choses va incontestablement dans le sens des anti-circoncision. Le parallèle avec l’excision féminine est ainsi immanquablement invoqué. C’est la même logique individualiste dont la relative nouveauté explique qu’auparavant on n’a pas fait grand cas du problème réel de l’excision.

Mais il faut savoir garder le sens de la mesure. Le prépuce n’est pas l’équivalent des petites lèvres, ni du clitoris ! Quoiqu’en disent les anti-circoncision qui font évidemment jouer cette fausse analogie.


Les limites de l’individualisme

Cela dit, si la modernité démocratique individualiste présente des avantages certains, elle est marquée aussi de sa limite. La limite essentielle est ici l’optimisme quasi béat qui sous-tend l’individualisme démocratique contemporain. C’est précisément cela que la circoncision met en question. Elle le fait de façon plus criante que le baptême, qui à ce point se corrige en se lisant comme connotant péché originel — ce qui n’est pas très optimiste non plus !

La circoncision pose ce questionnement au cœur de l’expression individuelle du vouloir vivre : le sexe masculin en tant qu’organe de la reproduction marqué comme non tout-puissant. Voilà un aspect des choses qui est évidemment trop peu souligné dans les sociétés machistes pratiquant la circoncision ! Voilà aussi qui va à l’encontre de l’individualisme tout-puissant, et ce dès les premiers jours de la vie.

C’est probablement là que se produit le choc culturel qui fait encore et toujours du judaïsme et des traditions similaires, et pas seulement de l’islam, le grain de sable dans les rouages bien huilés des sociétés policées, fût-ce par le mode de pensée unique « soft » qui caractérise la nôtre…

RP
"La circoncision, une mutilation ?
La justice a tranché : pas de peau pour la circoncision !"
Le protestant de l'Ouest n° 369, nov 2012, p. 27


jeudi 25 octobre 2012

732




La bataille de Poitiers (ou de Tours) se déroule le 25 octobre 732 et oppose le Royaume franc et le Duché d'Aquitaine au Califat omeyyade. Les Francs et les Aquitains, menés respectivement par le maire du palais Charles Martel et le duc d'Aquitaine Eudes, y obtiennent une victoire décisive face aux Omeyyades, menés par le gouverneur d'Al-ʾAndalus ʿAbd Ar-Raḥmān, qui meurt lors du combat.

Les historiens contemporains sont divisés quant à l'importance réelle de la bataille de Poitiers et son rôle dans le maintien du christianisme en Europe. Les avis sont moins divergents en ce qui concerne le poids qu'a la bataille dans l'émergence de l'Empire carolingien et l'établissement de la domination franque (et papale) en Europe de l'Ouest pendant le siècle suivant. Charles sera alors élevé au rang de champion de la chrétienté, recevant son surnom de Martel (Marteau) des chroniqueurs du IXe siècle.

L’importance de la bataille concerne alors surtout le renversement de la dynastie mérovingienne au profit de la dynastie carolingienne, issue de Charles Martel, ce qui revient à asseoir le pouvoir de Rome face au pouvoir franc antécédent, celui des Mérovingiens, vassaux non de l’évêque de Rome, mais de l’empereur de Constantinople.

Le lieu de référence des Mérovingiens est Reims et non Rome, comme ce sera le cas pour les Carolingiens. Reims est ainsi signe et lieu du sacre de monarque rattaché politiquement à Constantinople. Le coup d’État carolingien — pour le nommer pour ce qu’il est —, débouche en quelques années sur la création d’un Empire alternatif, au grand dam de l’Empire en place, qui a Byzance pour capitale.

La bataille de Poitiers est un appui décisif (pas le seul : la lutte des Carolingiens contre les Lombards qui menacent Rome joue aussi un rôle décisif similaire), qui lui fera prendre l’importance qu’on lui a connue par la suite. Ce n’est que lors des conflits ultérieurs, et surtout au XVIe siècle, que la bataille de Poitiers devient le symbole que l’on sait dans la lutte islam-chrétienté.

Auparavant il est question de lieux symboliques d’obédiences politiques : quelques lieux sont en jeu : Reims/Constantinople, Rome, et Cordoue/Damas. Trois lieux référentiels de dynasties, ou d’obédiences politiques. À Poitiers, on ne chasse donc pas les Arabes, on assoie un pouvoir, d’abord celui des Francs via les faits d’armes du maire du palais Charles « Martel » et du duc d’Aquitaine Eudes.

Ce n’est pas la seule bataille décisive contre les Omeyyades (plutôt que contre les Arabes). En 721, Toulouse a vu une défaite des mêmes Omeyyades, vaincus par le duc d’Aquitaine — sans le maire du palais franc : détail important quant au non-soulignement de cette bataille aussi décisive au moins, que celle de Poitiers ! En 737, Charles Martel remporte une bataille similaire à La Berre contre les Omeyyades, mais elle ne lui permet pas de reprendre Narbonne, qui reste dominée par les Omeyyades. D’où l’importance symbolique ultérieure de Poitiers, qui se trouve en outre être, contrairement à Narbonne, non loin du centre du Royaume franc d’alors. C’est Pépin le Bref, premier roi carolingien, élevé à ce statut par l’évêque de Rome, qui prendra, en 759, Narbonne aux Omeyyades, asseyant un peu plus la dynastie carolingienne qui verra par la suite Charlemagne dialoguer diplomatiquement avec le calife abbasside de Bagdad Haroun al Rachid (le monde arabe aussi a connu un renversement de dynastie et de lieu référentiel symbolique — de Damas à Bagdad.

On est loin de la bataille de Lépante et de la victoire chrétienne sur les Turcs, qui ancrera au XVIe siècle le sens symbolique nouveau de l’ancienne bataille de Poitiers…

Depuis le temps a passé qui a donné de nouveaux changements dynastiques jusqu’aux renversements révolutionnaires modernes qui s’appuieront sur un autre lieu référentiel symbolique : Paris, lieu de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, qui n’est ni Constantinople, ni Rome ni Damas…

C’est le moment référentiel historique en regard duquel se lisent actuellement les dates du passé franc puis français, 732 y compris, sauf à en faire, de façon arbitraire, un lieu idéologique de rupture, qu’il n’est pas en soi, comme le laissent apparaître la succession de ses significations et investissements symboliques.

RP, octobre 2012