<script src='http://s1.wordpress.com/wp-content/plugins/snow/snowstorm.js?ver=3' type='text/javascript'></script> Un autre aspect...: septembre 2007

jeudi 27 septembre 2007

Afin que, par lui, nous devenions justice de Dieu



« Le Christ-Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs » (1 Timothée 1, 15)
« Celui qui n’avait pas connu le péché, il l’a, pour nous, identifié au péché, afin que, par lui, nous devenions justice de Dieu. »
(2 Corinthiens 5, 21)
« Car ce n’est pas à des anges qu’il vient en aide » (Hébreux 2, 16)
« Il a été tenté comme nous à tous égards, sans commettre le péché » (Hébreux 4, 16)


La trilogie cosmique de C.S. Lewis


1) Au-delà de la planète silencieuse (Out of the silent planet), roman de C. S. Lewis, 1938 (trad. fr. : Folio SF n° 301)

« Le philologue Ransom, professeur à Cambridge, cinquantenaire sans famille, fait une mauvaise rencontre au cours d'une randonnée dans la campagne et est kidnappé par deux savants qui l'emmènent dans un astronef de leur fabrication sur la planète Mars (Malacandra), une curieuse planète où il fait la connaissance des sympathiques hrossa entre autres créatures, avant de comparaître devant l'indéfinissable Oyarsa qui lui apprend l'histoire de la rébellion de Thulcandra, la planète silencieuse (la Terre).


mars.jpg


Ce premier roman de Lewis est dans le meilleur style de la science-fiction à la H. G. Wells : un voyageur égaré dans un environnement complètement étranger raconte ses aventures. C'est très bien écrit, ce qui est assez rare pour le genre, et cela a un côté vieillot plutôt plaisant, avec des descriptions de paysages extraterrestres relevant d'une imagination très riche et originale. Lewis avoue dans son prologue avoir sciemment quoique révérencieusement subverti Wells, dont les thèmes habituels sont renversés : l'espace n'est pas vide mais infiniment plus riche que la terre ; les extraterrestres ne sont pas de terribles créatures destructrices mais sont amicaux et sans histoire, alors que c'est l'homme qui sème la mort autour de lui. Le roman met en place une cosmogonie originale, où les puissances célestes de la mythologie classique sont intégrées de façon très convaincante dans une vision discrètement chrétienne de l'univers ; en filigrane on distingue un formidable tableau de la chute et de la rédemption de l'humanité. »
(Extrait de : Sébastien Ray -
http://www.portail-cslewis.org/livres/planete.html
)

« Lors d'un précédent voyage, les deux scientifiques (rationalistes endurcis) ont découvert trois espèces de Martiens, non humains d'aspect, mais pourvus d’intelligence, de sensibilité et d'une âme. Ils y ont rencontré aussi l'Eldil de Mars qui apparaît comme une colonne de lumière. Croyant que toute religion ne peut être que barbare, nos deux savants ont tout simplement pensé que les Martiens leur seraient plus favorables s'ils faisaient un sacrifice (humain) à leurs dieux... Mais Ransom leur échappera et découvrira un monde qui n'a jamais été chassé du Paradis, où les trois espèces vivent en parfaite harmonie et qui est dirigé par un ange ou eldil. II apprendra de l'Eldil la "grande langue solaire" et tous les secrets de l'univers lui seront dévoilés. II donnera, lui, en échange, des informations sur la "planète silencieuse", la Terre, dont l'ange (le Diable) est corrompu, les autres mondes ayant perdu tout contact avec elle depuis la création de l'homme. Pour qu'elle ne puisse étendre son domaine du mal aux autres planètes: la Terre est d'ailleurs entourée d'une ceinture protectrice de radiations. C'est pourquoi l'Eldil de Mars prendra la décision de renvoyer l'astronef, avec les trois voyageurs, sur Terre, mais sa matière sera traitée de façon à ce qu'il se désintègre aussitôt après l'arrivée. II espère, avec Ransom, que cette leçon sera salutaire. Le retour se fait . L'histoire semble finie... »
(
Extrait de : http://membres.lycos.fr/starmars/lewis.html)


2) Perelandra, roman de C. S. Lewis, 1943 (trad. fr. : Folio SF n° 309)

« Le professeur Ransom, héros de Au-delà de la Planète silencieuse de retour sur terre, est sollicité par l'Oyarsa rencontré sur Malacandra, pour se rendre sur Perelandra (Vénus), où il se prépare des choses sinistres. Le professeur Weston, en effet, maintenant complètement contrôlé par « le Tordu » qui gouverne Thulcandra, se prépare à s'y rendre pour faire tomber Perelandra dans la vaine rébellion de son maître contre Maleldil, le Créateur. Les deux hommes s'affrontent donc, dans un cadre édénique, autour d'une désarmante nouvelle Ève perelandrienne, avec pour enjeu la chute ou le salut de ce monde.

Les descriptions très réussies de Perelandra sont accessoires devant la fort convaincante mise en scène d'une tentation du jardin d'Éden légèrement modifiée dans ses détails, ne serait-ce que par la présence d'un avocat de Dieu, lui-même pourtant créature déchue, dont nous suivons les affres alors qu'il ne se sent pas de taille à affronter les arguments diaboliquement malins (c'est le cas de le dire) de Weston. La discussion est menée en des termes extrêmement simples, les deux parties devant s'adapter à l'innocente ignorance de la Dame qu'ils cherchent à convaincre : ce qui aurait pu devenir un débat incompréhensible et ennuyeux garde ainsi toute sa fraîcheur et son intérêt. La fin nous donne un bel aperçu poétique de la profonde pensée religieuse, et en particulier christologique, de Lewis. »
(Extrait de : Sébastien Ray -

http://www.portail-cslewis.org/livres/perelandra.html
)


3) Cette hideuse Puissance (That Hideous Strength), Conte moderne pour adultes, roman de C. S. Lewis, 1945 (trad. fr. : Folio SF n° 314)

« Bien que traditionnellement rattaché à la « trilogie cosmique », ce roman se déroule entièrement sur terre, et commence d'ailleurs dans un cadre tout à fait banal de discussions d'antichambre et de luttes d'influence dérisoires. Le passage progressif à l'invasion par un organisme tout-puissant et tentaculaire puis à un combat aux dimensions presque cosmiques est très bien fait, quoique potentiellement perturbant pour un lecteur qui n'aurait pas remarqué le sous-titre : « conte moderne pour adultes ».

Le roman constitue une sorte d'illustration des dangers du mythe scientiste du pouvoir de l'homme sur la Nature, déjà étudié par Lewis dans les trois essais de l'Abolition de l'homme. L'atmosphère incroyablement malsaine du N.I.C.E. est excellemment construite, et les conséquences logiques de la tentative de mise en œuvre d'un pouvoir « scientifique » sont très bien pensées : c'est très naturellement que l'on passe de discussions consensuelles sur la supériorité absolue de la science à l'horreur du totalitarisme.

Il est assez amusant de voir Lewis utiliser l'univers fantastique de J.R.R. Tolkien dans l'état où il était dans les annés 1940 — bien avant la publication du Seigneur des anneaux, et utiliser largement Charles Williams, tant dans la structure du roman (apparition du surnaturel dans un cadre banal) que dans les thèmes (le cycle arthurien), et jusque dans le personnage de Ransom. »
(
Extrait de : Sébastien Ray - http://www.portail-cslewis.org/livres/hideuse.html)

*

Excursus :

La rédemption et le péché : C.S. Lewis s’inscrit dans une lignée précise de lecture de la rédemption accomplie par le Christ : en rapport très précis avec le péché. La question s’est posée dans l’histoire de la christologie chrétienne : le Christ se serait-il incarné si l’homme n’avait pas péché ? Au Moyen Âge, dans les écoles de la scolastique, deux hypothèses ont été envisagées. Dans l’école de Duns Scot, la réponse a été : il se serait incarné même si l’homme n’avait pas péché. Dans celle de Thomas d’Aquin, on a donné la réponse plus classique, qui animait le « felix culpa… » des Pères de l’Église (« heureuse faute qui nous a valu un tel Sauveur ») : le Christ s’est incarné parce que la chute a eu lieu. Ce sera encore la réponse de Calvin, qui considère même la première hypothèse comme spéculation inutile. C.S. Lewis aussi adhère à cette option plus commune. C’est cette conviction qui fonde sa trilogie et que sa trilogie illustre, à travers son mythe donnant des êtres intelligents sur Mars et sur Venus : l’Incarnation y est inutile, n’y ayant pas de faute à racheter. Le Christ, manifestation éternelle du Dieu unique et universel, n’a à s’incarner que pour la Terre, exception pécheresse du fait d’une humanité qui y a basculé dans le mal à l’instar de l’ange déchu qui en est le gestionnaire : le diable.


samedi 8 septembre 2007

Dès la fondation du monde



« Je suis l’Alpha et l’Oméga, le Premier et le Dernier, le commencement et la fin »
(Apoc. 22, 13) ;
« Agneau immolé dès la fondation du monde »
(Apoc. 13, 8)


Les Chroniques de Narnia
de C. S. Lewis



Extraits de la lecture de Jacques Sys :

« La "rédemption" est l’histoire fondatrice du salut apporté par Aslan, personnage dominant de l’Armoire magique ; le "cycle de Caspian" est plus actuel : la rédemption d’autrefois a été en partie oubliée, mais le combat eschatologique continue, pour restaurer le merveilleux, partir à la recherche du divin, ou être envoyé par lui en mission. L’"apocalypse privée" est une histoire presque purement individuelle, et illustre l’importance de chaque personne pour le salut du monde. Enfin "l’Alpha et l’Omega" sont le début et l’accomplissement de l’histoire de Narnia, traitant aussi du mal originel et de sa défaite finale, avec aux deux extrémités la présence d’Aslan qui donne son sens au tout. »
(http://www.portail-cslewis.org/livres/narnia.html)


cs-lewis.jpg
C.S. Lewis (1898-1963),
écrivain, philologue, théologien anglican


« La figure centrale des sept volumes des Chronicles of Narnia est un Lion, Aslan (qui signifie lion en Turc). Roi des créatures du royaume imaginaire de Narnia peuplé de “talking animals” ainsi que de créatures mythologiques, il a également partie liée avec un groupe de quatre enfants terriens qui, par “magie” visitent à plusieurs reprises ce monde dont ils vont partager les aventures. Tout le cycle est construit autour de cette figure symbolique ; Aslan se trouve dans l’histoire et au-delà de l’histoire, il est à la fois personnage d’un drame et symbole évidemment christique de l’humanité en marche vers son salut. Il est ainsi présent dans la structure narrative tel un archétype qui aurait, selon les besoins de la logique du récit, une fonction dramatique illustrée par ses apparitions ponctuelles, plus ou moins durables, en Narnia.

Les théophanies qui scandent la vie narnienne obéissent à une logique et se produisent selon un rythme qui est celui d’Aslan et qu’il lit dans la volonté de son Père, L’Empereur au-delà des mers. Cet Empereur est par définition caché, il est le Deus absconditus — le Dieu caché. “L’au-delà des mers” est en fait le Pays d’Aslan, le Royaume des Cieux d’où vient Aslan et où tout retournera lorsque le temps sera venu. Tout le poids dramatique des contes est porté par Aslan qui est l’alpha et l’oméga de Narnia dont il domine verticalement l’histoire dans la mesure où Lewis pose simultanément sa transcendance et son engagement dans l’histoire. Ces coupes transversales dans le plan Pays d’Aslan et Narnia illustrent la situation dramatique de la relation entre le Ciel et les mondes, et d’une coupe à l’autre nous pouvons voir l’évolution de l’histoire du salut; c’est qu’en effet à cette relation “verticale” correspond une logique, un développement chronologique “horizontal”, une vie historique que l’on pourra appeler “intra-narnienne”, prise dans le flux du temps qui s’écoule linéairement. Cette double détermination détermine la temporalité propre des interventions d’Aslan en Narnia qui correspondent à autant d’articulations du temps (pour reprendre la formule patristique), d’infléchissements du cours horizontal de l’histoire qui se trouve alors pris dans le temps du salut, la vision de Lewis étant - on le voit - résolument apocalyptique et eschatologique.

La structure du cycle sera en conséquence à la fois linéaire et circulaire: linéaire au sens où elle nous mène de la création du monde narnien à son apocalypse et à son entrée dans la nouvelle création, et circulaire au sens où tout converge constamment et rayonne vers la figure centrale d’Aslan. »

[…]


D'après Le Monde de Narnia — Le lion, la sorcière blanche et l'armoire magiquede Andrew Adamson — Walt Disney Pictures


La Rédemption de Narnia

C’est l’incarnation rédemptrice qui marque le début de l’histoire sainte de Narnia. L’ordre de la composition que nous suivons ici est suit une logique propre gouvernée par le processus rédempteur du premier tome écrit, The Lion, the Witch, and the Wardrobe, où domine constamment la figure d’Aslan, élément central, esthétique et spirituel, d’où rayonne la structure narrative.


Nous sommes, dans cet épisode, plongés dans un monde pétrifé par un hiver qui semble devoir durer éternellement : contrairement aux contes traditionnels pour enfants qui souvent sont gratifiants du point de vue de la sensibilité, nous nous trouvons au plus profond du malheur, dans le retentissement infini d’une catastrophe dont les origines se perdent dans la nuit des temps. Premier contact nocturne, glacé, avec un monde délétère entièrement placé sous la coupe d’une “sorcière blanche”. Mais ce n’est pas le plus grave ni le plus terrible : ce qui en effet est difficilement supportable est que le monde des enfants qui parviennent en Narnia par la magie d’une garde-robe ainsi que celui de Narnia sont des univers de péché et de trahison : le faune Tumnus s’apprête à trahir la confiance de sa jeune invitée pour la livrer à la justice de la sorcière, et Edmund se rend chez la sorcière en son chateau pour y livrer le secret de la venue d’Aslan. La vision qui s’impose est celle d’une humanité qui a toujours-déjà-été dans l’esclavage de la faute, qui vit sous l’effet d’une malédiction qui chaque jour - dans la mesure où le temps existe encore - voit renaître et prospérer le péché originel. Dans cette noirceur de neige vit encore faiblement une dernière étincelle d’être sous la forme de vieux rêves, de mythes ou d’histoires dont le héros est Aslan, le lion de Narnia.

[…]


L’autre versant de cette réalité mythique est l’existence bien réelle de la sorcière blanche, ou du moins sa présence car elle est le mode d’apparaître de la négativité (et sa positivité). Réelle en revanche est son oppression, la magie noire qu’elle exerce sur l’humanité souffrante de Narnia mais qui d’une manière ou d’une autre doit être responsable de cet enchantement. On trouve le mal, on ne le commence jamais. Mais nous ne sommes à l’ouverture de ce conte que dans les effets, les causes viendront après. Pour l’instant la sorcière blanche fait corps avec Narnia, épouse Narnia, semble avoir possédé son être le plus profond, et nous sommes là aux limites incertaines où encore un peu de temps verra disparaître la dernière étincelle d’humanité en ce monde. L’opposition Aslan/Sorcière qui est au plus près du dualisme, […] est vue du côté du temps : le pouvoir de la sorcière est de suspendre le temps, le pouvoir d’Aslan est de redonner du temps au monde. Combat du temps et du non-temps, de l’humanité et de la non-humanité comme le dit Lewis dans Perelandra. Aussi Narnia est-elle vue comme monde de l’attente d’un Messie qui viendra le délivrer du mal, qui de nouveau mettra le temps en marche et posera le retour du printemps comme horizon de ce monde.

Aslan est dans cet épisode celui qui va briser l’ordre de la loi ancienne, représenté par la Table de Pierre, et instaurer la loi nouvelle qui est loi d’amour. Loi et magie sont intimement liés dans le conte. […] Aslan est sans ambiguité posé comme le créateur de l’univers, l’alpha et l’oméga de ce monde, et l’éternel rédempteur de Narnia, le mystère du sacrifice existant déjà au sein des relations intra-divines, Lewis tentant ici de poser la dimension trinitaire du christianisme. […] La créature est condamnée par “magie”, c’est-à-dire par une espèce de causalité qui lui est extérieure, l’individu ne se découvrant pas comme pécheur face à son créateur […]. Reste alors cette mystérieuse magie en vertu de quoi Aslan est sacrifié sur la Table de Pierre, sacrifice qui détruit à la fois les tables de la loi et le pouvoir (du moins pour un temps) de la Sorcière Blanche, et libère le jeune Edmund ainsi que Narnia du poids de la faute. Par la magie de ce sacrifice et en raison de la résurrection qui l’accompagne, le printemps va de nouveau pouvoir s’installer en Narnia et le temps reprendre son cours normal. Tout cela n’est peut-être pas absolument satisfaisant et la critique n’a pas manqué d’en faire reproche à Lewis, et notamment sa conception du mal et de la faute comme possession, envoûtement, qui saisirait le sujet de l’extérieur, à la manière d’un charme dont il faut se défaire par la magie du sacrifice de la victime innocente.



Le cycle de Caspian

L’intrigue de Prince Caspian se déroule des centaines, voire plusieurs milliers d’années plus tard. De la même manière que dans The Lion, the Witch, and the Wardrobe nous sommes plongés dans un monde crépusculaire, de la trahison (politique cette fois), de l’usurpation et de l’oubli. Nous sommes à la fin des temps; ou plutôt nous passons du coeur du mystère de l’incarnation rédemptrice à une période lointaine où le retentissement apparent de la bonne nouvelle est atténué, se fait plus faible, est même sur le point de disparaître. Il n’est pas indifférent que nous passions d’une représentation du centre de toute histoire possible, du kairos christique à une allégorie à peine voilée de l’époque actuelle.


[…] »


Extrait de : Jacques Sys
Professeur à l’Université d’Artois Directeur de la Revue Graphè
Article : Le Lion de Juda : figures christiques dans The Chronicles of Narnia de C.S. Lewis
Texte en entier :

http://membres.lycos.fr/graphelabible/Articles_CS_LEWIS.html

Article originellement publié dans les
Cahiers du Centre de Linguistique et Littérature Religieuses,
N° 9, Angers (UCO), 1992, pp. 105-125.




mercredi 5 septembre 2007

Délier ce qui est lié


« Ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel » (Matthieu 18, 18) ;
« L’Esprit du Seigneur m’a envoyé pour proclamer aux captifs leur libération »(Esaïe 61, 1).


Le Seigneur des anneaux de J. R. R. Tolkien. L’anneau comme lien avant la délivrance…

Une citation :

« Il ne s’agit pas, avec le Seigneur des Anneaux, d’une transposition originale de l’Evangile ou d’une simple allégorie, mais d’une histoire propre qui reprend de nombreux éléments mythologiques en lui ajoutant une dimension transcendantale et humaine plus importante. Car le Seigneur des Anneaux traite des questions religieuses fondamentales de toute l’humanité : la Création, la Chute, la mort, l’éternité et le destin de l’homme.

A la différence des autres grandes œuvres fantastiques de notre époque, le Seigneur des Anneaux ne met pas en scène des héros pleins de super-pouvoirs. Au contraire : le livre ne parle que de la faiblesse des hommes devant la tentation. Les véritables héros de l’histoire, ce sont en fait les plus petits, les hobbits, et particulièrement Frodon, seul capable de porter l’anneau jusqu’au Mont du Destin. Les hommes, quant à eux, appartiennent à une race faible, assoiffée de pouvoir et de domination. Le plus courageux d’entre eux, le roi Aragorn, puise sa force dans son refus net à s’approcher de l’anneau : il n’est qu’un homme et il reconnaît humblement sa propre faiblesse. Et Jésus ne nous a-t-il pas enseigné que le meilleur moyen de ne pas succomber à la tentation, c’est de “couper court” avec tout ce qui conduit au péché ?

La trame générale, sans aucune allégorie, reprend quelques éléments fondamentaux de la Passion. C’est bien le salut de la “Terre du Milieu” qui est en jeu. Les personnages essentiels, qui se lancent dans une aventure complètement disproportionnée à leurs capacités savent que leur chance de revenir chez eux est infime. (Mais c’est sans compter cette providence invisible, qu’on ne voit pas et dont on ne parle pas explicitement, mais qui est en fait omniprésente, à chaque page de l’œuvre de Tolkien). Vont-ils devoir donner leur vie pour ceux qu’ils aiment ? C’est lorsqu’ils s’y décident qu’ils découvrent que c’est seulement par le sacrifice et même par la mort que ce qui est perdu sera retrouvé, — mais ils ne savent comment —, et le mal et la mort vaincus. Une attitude bien exprimée par un des héros du livre au moment de sa mort : “Nous partons dans la tristesse, mais non dans le désespoir.” Les personnages de Tolkien acceptent ce sacrifice dans une conscience très grande de la bonté fondamentale de ce qu’ils vont perdre, et on peut retrouver en celle-ci un écho de la parole des premiers martyrs, exaltant la beauté du monde face à leurs bourreaux mais lui préférant son Auteur.


Illustration, d’après le film de Peter Jackson — musique : Ramble On (Led Zeppelin)


Le dénouement de l’histoire reprend, quant à lui, un élément présent dans la plupart des contes et aussi, bien qu’à un degré encore plus élevé, dans l’Evangile. Tout conte doit, d’après Tolkien, s’achever par une “eu-catastrophe” finale, c’est-à-dire un retournement de façon soudaine qui procure au lecteur de la joie. L’objectif de Tolkien est non seulement religieux mais missionnaire, il veut conduire son lecteur à ressentir cette joie particulière de l’“eucatastrophe” dans sa fiction afin de l’aider à saisir la “grande Joie” de l’“eucatastrophe” réelle, celle que rapportent les Evangiles, celle du Gloria des Anges et du matin de Pâques : “La naissance du Christ est l’eucatastrophe de l’histoire de l’homme… la Résurrection est l’eucatastrophe de l’histoire de l’Incarnation.” Tolkien fait en effet remarquer que l’Evangile commence et s’achève dans la joie. Il est, pour lui, la plus belle des histoires que nous désirons être vraies — et il est vrai. Dans une lettre, Tolkien n’hésite pas à écrire que “bien sûr, je ne veux pas dire que les Evangiles ne sont qu’un conte ; mais je tiens avec force qu’ils racontent un conte : le plus grand” ».


Extrait de :
http://news.catholique.org/analyses/5716-pourquoi-le-seigneur-des-anneaux-est, un développement catholique — Tolkien était catholique romain — mais qui vaut aussi bien dans une perspective protestante.